L’effet snooze

mai 2026 — Quand l'urgence sommeille
Sieste chez IKEA, Bangkok 2026. Extrait de la série: this. is my 2026

Ce n’est pas de la procrastination.

Le procrastinateur sait ce qu’il doit faire et l’évite. Il y a chez lui une distance assumée — parfois honteuse, souvent confortable entre l’intention et l’acte. Il reporte.

L’effet snooze ressemble à autre chose. Cette expression m’est venue en pensant à cet instant que l’on connaît tous lorsque l’on tape sur le bouton « snooze » du réveil matin pour replonger dans notre déni ouaté de la réalité du jour nouveau. L’effet snooze tel que décrit ici est une distinction personnelle, construite à partir de l’observation, pas un diagnostic clinique.

L’effet snooze est, par exemple, lorsque quelqu’un dit : ce projet est urgent, je ne peux pas me permettre de le rater. Il le dit avec conviction. Il le sent dans le corps. Trois mois plus tard, il le dit encore, avec la même conviction, le même poids dans la voix. Mais le calendrier entre les deux est vide de ses actions.

La différence n’est pas dans l’honnêteté. C’est dans ce qui est évité.

Le procrastinateur évite la tâche. La personne sous effet snooze évite la réalité que la tâche rendrait concrète. Avancer, c’est prouver quelque chose sur ses capacités, sur ses limites, sur ce qu’on devra assumer ensuite. La sincérité est entière. Le câblage mental et émotionnel est en court-circuit.1

Sentir l’urgence devient la chose qu’on fait à la place d’agir. La sonnerie retentit. On la ressent. On la ressent profondément. Et on se rendort.

Ce portrait a deux points d’entrée. On peut s’y reconnaître soi-même ou reconnaître quelqu’un que l’on accompagne, que l’on côtoie ou que l’on aime. Dans les deux cas, on pourrait être tenté de le pousser plus fort, de lui rappeler l’urgence ou nommer le retard. Ça ne changerait rien. L’urgence, ils la connaissent déjà. C’est précisément le problème.

Ce qu’on peut faire, c’est comprendre et aider à comprendre que la paralysie n’est pas un manque de volonté. C’est une forme de protection qui est souvent maladroite, coûteuse, mais cohérente avec sa propre logique.

Ces personnes n’ont pas besoin qu’on leur raconte leurs rêves; elles ont besoin de se réveiller en ayant trouvé ce qui sommeille en elles.


  1. Pychyl & Sirois (2013) ont établi que la procrastination est fondamentalement un échec de régulation émotionnelle, et non de gestion du temps. — Pychyl, T., & Sirois, F. M. (2013). Procrastination and the Priority of Short-Term Mood Regulation: Consequences for Future Self. Social and Personality Psychology Compass. https://doi.org/10.1111/SPC3.12011